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Même si le secteur financier reste confronté à des problèmes persistants et sérieux, il est pourtant peu probable que la faillite de Lehman Brothers soit le prélude à sa paralysie, voire à son effondrement.
Neuf mois après le rachat de Countrywide, six mois après la faillite de Bear Stearns et une semaine seulement après le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac, c’est au tour de Merrill Lynch d’être reprise par Bank of America et de Lehman Brothers de faire faillite. La crise financière n’est donc pas stabilisée.
Plusieurs points sont à considérer : - L’attitude des autorités (Trésor, Réserve fédérale) et les moyens mis en place permettent de faire face aux urgences ; - La recomposition du secteur au profit des acteurs les plus solides qui sont en mesure d’absorber les plus vulnérables ; - Ainsi renforcé au terme d’un processus difficile, le secteur peut faire face aux pertes ; - La question du prix des actifs apparaît centrale dans l’engagement des institutions détenant le capital, qui souhaitent tirer le meilleur parti d’une position de négociation très favorable.
En dépit d’âpres négociations avec d’éventuels repreneurs comme Barclays ou Bank of America, Lehman Brothers n’a finalement pas trouvé de solutions et s’est mise techniquement en règlement judiciaire. Le refus de la part des autorités d’apporter les garanties nécessaires a dissuadé les candidats à la reprise. Toutefois, on peut être rassuré par la décision américaine d’avoir orchestré, en parallèle, le sauvetage de Merrill Lynch. Bank of America vient en effet d’annoncer son intention d’acheter Merrill Lynch.
Par ailleurs, on peut s’interroger sur le risque de faillite d’autres grandes institutions financières telles que l’assureur AIG (American International Group) ou encore la banque de détail Washington Mutual qui ont été fortement attaquées au cours des dernières séances boursières. Le risque de contagion est donc réel et plusieurs points doivent être pris en compte : - L’effet sur les détenteurs de dette Lehman Brothers et ses contreparties de produits dérivés ; - La pression sur le prix des actifs détenus : cession à venir des titrisations hypothécaires ; - La volonté des banques à resserrer les conditions de crédit sur les opérations à levier (hedge funds, entre autres) qui ne va pas s’inverser à court terme.
Le risque d’aléa moral et l’impact politique une semaine tout juste après l’action sur les GSE (Fannie Mae et Freddie Mac) ont poussé les autorités américaines à accepter que l’une des plus anciennes institutions de Wall Street chute, démontrant ainsi qu’elles ne souhaitaient pas prendre en charge l’ensemble du problème des bilans du secteur financier.
En revanche, cette décision est prise sciemment et s’accompagne, au niveau de la Réserve fédérale, de la mise en place de dispositifs (en renforçant de plus ceux qui existaient déjà ) permettant de contenir le risque systémique : - Renforcement des sources de liquidités déjà mises en place par les autorités monétaires, extension de la gamme des titres obligataires pouvant être donnés en garantie par les banques et, pour les « primary dealers », extension aux actions et accroissement du montant des concours possibles (à 200 Mds $, soit 25 Mds $ de plus) ; - Assouplissement de mesures réglementaires par la Réserve fédérale afin de faciliter la transition pour les négociations de rémérés avec Lehman Brothers (« tri-partite repo ») ; - Création d’un fonds de 70 Mds $ par dix grandes banques internationales. Il pourrait contribuer à une solution du type LTCM de 1998 (portage de certains actifs de Lehman Brothers) ; - Recapitalisation attendue du FDIC (fonds de garantie des banques US).
Il est important de souligner que le système financier mondial, mis à mal, fonctionne toujours. La faillite de Lehman Brothers et le rachat de Merrill Lynch sont les signes tangibles que le système financier américain est entré dans une restructuration à marche forcée. On assiste en fait à une recomposition accélérée du paysage bancaire, et une situation d’enlisement à la japonaise semble donc écartée. Une véritable issue aux difficultés actuelles nécessitera néanmoins une stabilisation du marché immobilier américain. La baisse récente du coût du crédit hypothécaire, après le sauvetage des agences hypothécaires, est un développement important et encourageant. Il semble bien que face à la crise financière et au ralentissement économique global, nous allons assister à une reprise de la politique de reflation. Que de chemin parcouru depuis que les craintes sur l’inflation mondiale ont fait la Une des quotidiens il y a seulement quelques semaines…
En conclusion, on ne peut que constater le niveau de plus en plus attrayant des valorisations. De nombreuses opportunités apparaissent, mais le prix à payer à court terme est la forte volatilité.
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